25/10/2004

LE FAUX PROBLEME DU LOUP


 

 

Je voudrai rebondir sur l’article que l’ami Brolsky a livré vendredi dernier au sujet de la présence des loups en France et sur le scandaleux abattage d’une louve par des gardes-chasse nationaux afin de satisfaire avec l’argent du contribuable les protestations poussées par les éleveurs du cru.

 

Or pour bien comprendre la situation et le ridicule de la chose il me semble intéressant de remettre les choses dans leur juste perspective. En premier lieu il est bon de rappeler quelques vérités au sujet de ce prédateur et de l’activité pastorale en haute montagne. Le dernier loup sauvage a été abattu au tout début du XXème siècle ce qui permit à l’activité pastorale ovine de s’emparer de territoires qu’elle n’occupait pas auparavant. Cette activité pastorale passa rapidement de petits cheptels familiaux à des élevages extensifs encouragés par les effets désastreux de la PAC et de ses subventions. Il est à noter que cette le pâturage de ces troupeaux n’est pas sans effets sur l’écosystème de la haute montagne et qu’elle contribue à son appauvrissement puisque la végétation y est devenue rare et que les sols sont lentement lessivés par les précipitations et que la désertification est en route.

 

Maintenant passons aux chiffres :

 

Le cheptel ovin français compte 10 millions de têtes, nos bergers irascibles quant à eux se plaignent annuellement de la perte de 1.000 têtes par an soit disant à cause du loup, soit 0,01% du cheptel national. De qui se moque t’on ?

 

Le budget consacré à l'indemnisation des dégâts causés par le loup, aux subventions pour que les éleveurs se munissent de moyens de protection et à la recherche sur le loup coûte à chaque citoyen français 0,06 € par an. Dans le même temps, les subventions à l'agriculture française s'élèvent chaque année à 11 milliards d'euros, soit 188 € par citoyen. De qui se moque t’on ?

 

200 000 moutons environ sont tués par des chiens chaque année, selon des chiffres de France Nature Environnement (FNE : observatoire du Ministère de l'environnement). Entendons nous les éleveurs réclamer l’abattage de ces chiens errants ? De qui se moque t’on ? 

 

A peu près 200.000 également (FNE) succombent de maladies. Le plus souvent la brucellose ovine, la fièvre aphteuse ou autres "incidents" sanitaires. Ces maladies ne seraient elles pas moins virulentes et en régression si les éleveurs privilégiaient la qualité en lieu et place de la quantité en choisissant d'avoir de plus petits cheptels ? De qui se moque t'on ?

 

Plusieurs centaines de milliers (FNE) périssent encore, chaque année, dans des dérochements (chute massive derrière une barre rocheuse d'un troupeau ou d'une partie laissée sans surveillance). A qui la faute ? Au loup encore une fois ? De qui se moque t’on ?

 

90% des attaques (selon un "rapport sur le loup en France en 2003" de la WWF, le "Groupe Loups France" et la "SPA") surviennent sur des troupeaux laissés sans aucune présence humaine ou de chiens. Les bergers seraient donc moins assidus qu’ils ne le prétendent en larmoyant devant les caméras. De qui se moque t’on ?

 

Penchons nous maintenant sur nos voisins européens :

 

France : 10 millions de moutons – environ 20 à 30 loups

Espagne : 24 millions de moutons – environ 2000 loups

Italie : 11 millions de moutons – environ 700 loups

 

Entendons nous les plaintes des bergers de nos voisins transalpins ou Ibères ? J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends pas de cris d’orfraie, je ne vois pas de manifestations bruyantes à grands renforts d’élus locaux démagogues en mal de voix. Le problème serait donc franco-français, pour ne pas changer. Comment expliquer que des bergers australiens qui gèrent des troupeaux dont les dimensions n’ont rien à voir avec celles de notre beau pays n’aient à déplorer quasiment aucune perte ? Comment expliquer que nos cousins québécois ne souffrent pas du loup, sachant que les spécimens qui peuplent leurs contrées sont d’une autre taille que le loup européen et qu’ils sont au nombre de 8.000 ?

 

C’est que nos bergers refusent de se remettre en question en bons français qu’ils sont. Ils refusent de changer leurs méthodes, de s’investir un peu plus dans leur travail de surveillance, de changer leurs chiens pour des races plus adaptées comme le Komondor par exemple. De nombreux pays ont aussi introduit en complément des chiens quelques ânes, aussi bête que cela puisse paraître ces animaux sont d’une efficacité redoutable et il semble que les loups les craignent.

Laissons également la parole à un élu local de terrain, le maire de Saint-Martin Vésubie, M. Franco, qui n'hésite pas à affirmer que "le pastoralisme n'est pas indispensable au Mercantour". Par ailleurs, il dénonce sans hésitation "des modes de commercialisation archaïques qui permettent la vente indirecte sous le manteau d'une grande part de la production." "Ces phénomènes sont bien connus", assure le maire. En revanche, M. Franco estime qu'elle concerne environ la moitié de la production : "ce qui arrive aux abattoirs est ridicule. Au moins la moitié de la filière est détournée." Dans ce contexte, il semble que le loup aille de pair avec une attention gênante portée au pastoralisme du Mercantour. La présence d'experts parmi les troupeaux est vue d'un très mauvais oeil par certains éleveurs.

En clair, le retour du loup en France n’est pas un problème. Ce qui en est un par contre c’est l’attitude des producteurs qui tentent le forcing sur le terrain politique afin de continuer à jouir du taux de subventions à l’élevage le plus important en prétextant les malheurs que leur cause le retour de ce prédateur. Ce qui est un problème c’est l’attitude démagogique de députés locaux qui flattent bassement les bas instincts de l’électorat local et qui usent et abusent de ce prétexte pour faire parler d’eux et assurer leur réélection. Ce qui est un problème c’est la position de nos ministres qui à force de vivre couchés, de craindre l’éventualité d’une mini jacquerie de canton préfèrent dépenser l’argent public à des traques et des tueries imbéciles au lieu de taper du poing sur la table et de réformer réellement en profondeur la PAC et d'assainir une filière qui semble minée par la magouille.

12:38 Écrit par Harald | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |